Réunions de famille : pourquoi ça clashe ?

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Dîner de Noël qui finit dans les pleurs, mariage entaché par une affreuse dispute, portes claquées un dimanche midi… Les clashs en réunions de famille, ça arrive souvent ! Mais pourquoi en arrive-t-on à cette situation ? Et comment réagir ? Les conseils de Pauline Dujardin, psychologue.
L’essentiel
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On connaît toutes et tous cette situation : l’atmosphère devient de plus en plus pesante à ce repas de famille, le cousin fusille le grand-père du regard, les deux sœurs commencent à hausser le ton… Et c’est le clash. On ne connaît pas une famille sans dispute, et heureusement. Parce que c’est parfois libérateur !
Pourquoi se dispute-t-on en famille ?
La famille, un terreau à disputes
La famille est le format idéal pour développer des sujets de disputes. Déjà, parce qu’on a passé du temps ensemble pendant des années et des décennies, ce qui favorise les passés conflictuels et ce qui signifie qu’on s’est vus changer (ou pas, justement). De plus, les membres d’une même famille expriment traditionnellement de nombreuses attentes les uns envers les autres, souvent plus qu’envers des amis ou des collègues, par exemple. En outre, on se fréquente sur des évènements où les émotions sont à vif, à l’instar des inhumations.
Enfin, qui dit famille ne dit pas nécessairement similitudes ! Les mouvements de pensée, les opinions politiques, les milieux socio-économiques peuvent être extrêmement différents au sein d’une même famille. C’est même souvent le cercle qu’on fréquente dont on est le plus différent, plus que nos amis, qu’on choisit, ou même que nos collègues, qui partagent le même quotidien !
« Quand on parle de famille, on parle aussi de générations différentes, qui n’ont pas connu les mêmes enjeux et les mêmes problématiques », souligne Pauline Dujardin, psychologue. Ah, le fameux “De mon temps, une bonne claque…”, c’est idéal pour lancer une dispute familiale !
Quels sont les sujets de dispute les plus fréquents ?
Dans ces conditions, les sujets de disputes sont innombrables :
- attentes éducationnelles différentes,
- enjeux économiques,
- divergences politiques,
- opinions religieuses,
- choix professionnels et personnels,
- orientation sexuelle…
Impossible de dresser une liste exhaustive ! Eh oui, même une dispute sur la cuisson de la dinde peut amener au clash sur les valeurs éducatives transmises d’un côté et de l’autre.
Clash en réunion de famille : comment réagir ?
Le clash semblant inévitable, mieux vaut être prêt et savoir comment on peut réagir. « Dès qu’on voit que ça dégénère, il est conseillé d’interrompre le conflit, pour mieux y revenir plus tard, à froid. Le but n’est pas de fermer les possibilités de discussions, mais d’éviter que des propos soient tenus sous le coup de la colère et regrettés après », encourage la psychologue.
Revenir sur l’origine de la dispute alors que la pression est redescendue permettra également de parler de la totalité du problème et de ses enjeux car, souvent, pendant le clash, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg qui est abordée.
Pauline Dujardin relève, par ailleurs, que les repas de famille, en France, sont régulièrement accompagnés d’alcool : raison de plus pour interrompre le conflit et discuter une fois que les émotions, comme les esprits, seront moins échauffées !
Se disputer en famille : à quoi ça sert ?
En tirer du positif
Pour autant, les disputes en famille ne sont pas à éviter à tout prix et peuvent se révéler utiles. « Ça peut redynamiser dans le bon sens des échanges familiaux, assure Pauline Dujardin. L’idée est de réussir à exprimer, pour chacun, son vécu subjectif des choses. Ça peut libérer la parole et permettre à une famille d’évoluer, de ne plus se fonder sur le déni ou sur la vacuité de certains échanges, cantonnés à des sujets vains dont on parle pour éviter tous ceux jugés sensibles ! »
Arrêter de se faire du mal
Toutefois, la psychologue insiste sur le fait que certaines situations ne peuvent pas être adoucies grâce à une discussion posée. Les clashs en réunion de famille peuvent, en effet, déterrer des fantômes impardonnables : des violences, voire des crimes, dont de l’inceste.
Sans aller sur ces enjeux, certaines familles ne se relèvent pas de violentes disputes, car elles démontrent que l’amour familial n’est pas inconditionnel, contrairement à ce qu’on croit souvent. « On vit dans une société judéo-chrétienne qui valorise énormément le lien familial alors que, parfois, il vaut mieux rompre avec sa famille, parce qu’elle est violente, voire criminelle. Le clash peut alors simplifier la rupture. Même s’il n’y a pas de crime, si la famille n’est que source de souffrances, à quoi ça sert ?, interroge la psychologue. C’est le bien-être de la personne qui compte. »
Heureusement, hors violences psychologiques, physiques ou sexuelles, toute personne peut évoluer et il peut être pertinent de laisser la porte ouverte au changement. S’il y a demande de pardon, regret sincère et action de réparation, il n’est pas impossible que les réunions de famille redeviennent progressivement des moments de joie, de convivialité et de partage.